Bon, il est plus que temps de rompre ce silence et de donner quelques nouvelles. Non, je n'ai pas été kidnappée, je ne suis pas non plus passée sous un camion, je vais bien, merci. Ce silence prolongé est dû à une période d'intense réflexion, pour ne pas parler d'angoisse existentielle... Je savais parfaitement où je mettais les pieds quand j'ai décidé d'ouvrir cette librairie. Les petites librairies vont disparaître, les gens ne lisent plus, n'ont plus de sous, les libraires sont sous-alimentés, pauvres, Amazon est un gros gros très gros méchant dégoûtant sans pitié qui va tous vous mettre en pièces. Probablement vrai, faux, vrai, vrai, vrai, et probablement vrai. Bon, j'y suis allée quand même, pas bretonne pour rien. Et je ne regrette rien. Mais alors RIEN. Seulement voilà, si la petite Polarys pourrait continuer comme ça son petit bonhomme de chemin, ce n'est pas le cas de la petite libraire. Alors il va bien falloir se poser des questions. LA question. J'avais un temps limité pour permettre à Polarys de décoller, et ce temps sera bientôt écoulé. Ce petit mot n'est pas un appel au peuple, encore moins un appel aux dons. Prenez-le plutôt comme un message à caractère informatif, un dernier sursaut de la bête avant de s'avouer vaincue. Je n'ai sans doute pas fait tout ce qu'il fallait, je sais vendre les livres que j'aime, mais je ne sais pas ME vendre, ça c'est un fait. En fait, c'est vous qui me vendez le mieux. En parlant de la librairie, en la recommandant chaudement à vos proches, c'est la meilleure pub que je puisse avoir.
Aussi, si vous avez des suggestions (non, vraiment, je ne peux pas faire restaurant), des envies (vous aimeriez bien quand même pouvoir poser votre derrière pour tourner quelques pages, ou pour papoter), si vous pensez que je pourrais améliorer quelque chose dans la boutique (ou m'améliorer moi, même si je ne vous garantis pas que je prendrai bien la chose ...), ou si par hasard vous avez 50 000€ dont vous ne savez pas quoi faire (nan je blague !), ou juste envie de me dire combien vous m'aimez fort tout ça tout ça, n'hésitez pas à m'envoyer un petit mail, ici. Ce que vous pensez, vous qui fréquentez Polarys, et qui visiblement l'appréciez au vu de vos encouragements, compte beaucoup pour moi. C'est ce que j'aime par-dessus tout dans ce métier bien à part, les échanges avec vous, vous passer mes coups de coeur et écouter les vôtres, vous mettre entre les mains des livres que vous n'auriez sans doute même pas remarqué autrement, tout ça c'est du bonheur, mais ça ne me permet pas de vivre. Alors ... La fin de l'année sera décisive. D'ici là je vais me mettre un bon coup de pied au derrière, revenir sur Facebeurk, écrire les chroniques restées en plan, et si vous êtes très gentils, je vous ferai même des petits gâteaux pour Noël. Ne vous réjouissez pas trop vite, je suis connue pour rater tout ce que fais en patisserie, mais ce sera raté avec tout mon coeur ! Et si vous n'êtes pas content, vous irez nourrir le shoggoth ...................
Ah tiens, un polar "nordique" comme on dit, c'est pas trop ta tasse de thé ça ma bonn' dam', mais alors ? Alors, ce polar "nordique" est écrit par un français, ce qui explique peut-être le pourquoi du comment je n'ai pas rechigné à me plonger dans le froid lapon.
Le livre s'ouvre par un épisode se déroulant en 1693. Un lapon court dans la neige, il fuit les hommes à ses trousses, un tambour de chaman dans les mains. Il sera rattrappé, mais le tambour ...
Retour à notre époque, la petite ville de Kautokeino est secouée par deux histoires qui semblent liées : le vol d'un tambour rarissime au musée et le meurtre d'un éléveur de rennes. Klemet Nango le Lapon et Nina Nansen son équipière font partie de la police des rennes. Ils arpentent la laponie pour apaiser et régler les conflits fréquent entre éleveurs. Ils se retrouvent sur cette affaire qui remue pas mal de choses du passé, de l'histoire Sami, une minorité persécutée et encore aujourd'hui victime du racisme ordinaire.
Olivier Truc, sans chichi, dans une écriture simple et dépouillée, réussit je dois dire un joli tour de force... Il plonge le lecteur dans un vrai polar, parfaitement tenu du début à la fin (ahhhh, la fin .....), s'appuyant sur des personnages puissants et profonds, complexes aussi, et en plus il nous apprend beaucoup de choses sur un peuple dont on ne sait rien, nous donne envie d'aller creuser un peu plus loin en nous donnant l'air de rien des points de départ très factuels pour des recherches et de quoi nourrir notre curiosité. Olivier Truc connaît bien ce dont il parle, cela se sent, et c'est appréciable.
Dans des paysages sublimes (je lai ai vus en vrai, je sais de quoi j'cause !) Klemet et Nina vont denouer les fils d'une énigme dont les tenants et les aboutissants sont loin de ce qu'ils imaginaient. Alors que le soleil se lève enfin sur la Laponie après des mois de nuit polaire, restant accroché au ciel quelques minutes de plus chaque jour, le voile se lève aussi sur les déchirements d'un peuple partagé entre les attraits de la vie moderne et le besoin viscéral de s'accrocher à un mode de vie ancestral, respectueux de la nature et de la vie, sur le refus de certains d'intégrer une société qui ne comprend plus rien à rien, et l'incapacité des autres à s'adapter, malgré tous leurs efforts.
Le Dernier Lapon est passionnant par son intrigue, son atmosphère, remarquablement documenté, sans jamais tomber dans le travers du "trop journalistique" ni du "trop pédagogique".
Le coup de théâtre de la fin nous laisse en plus espérer une suite, parce que Klemet nous cache encore bien des choses, c'est certain...